Eco machin !

lundi 12 avril 2010, par Hervé Gasdon

Nous vivons une ère éco machin ! Il est de bon ton d’ajouter le préfixe éco à toutes les sauces : éco-développement, éco-tourisme, éco-produit…

Le frémissement de prise de conscience de nos concitoyens face aux urgences environnementales incite nos élus à user et abuser de ce préfixe sans pour autant prendre la pleine mesure de son sens et bien souvent sans n’avoir aucune notion du contenu philosophique ou de l’histoire du mouvement. Magnifique acte de récupération aidé en cela par la publicité ou les films à grand spectacle comme « Home » d’Arthus Bertrand (voir à ce propos l’excellent article de Paul Ariès qui circule sur le net) ou un peu plus lointain celui d’Al Gore, « Une vérité qui dérange ».

La crédibilité en ce domaine, comme dans d’autres, est de concilier ses actes et ses convictions.

En effet, et à la mesure de notre département, comment réaliser les mêmes projets en s’adaptant à cette nouvelle donne : pas compliqué, on ne change rien et on l’appelle éco-machin.

L’exemple le plus emblématique est bien entendu le retour de l’A 51 sous couvert du Grenelle de l’Environnement. Manœuvre exemplaire et oh combien pernicieuse. Les promoteurs de ce projet utilisent une tribune sensée être au service de la protection de notre environnement pour pouvoir le détruire. Car bien entendu l’autoroute devra être éco-compatible avec des normes fixées par les mêmes qui président aux destinées de ce projet égoïste.

Ce n’est pas en ajoutant quelques passages à animaux sauvages que les émissions de gaz à effet de serre seront pour autant diminuées. Ce n’est pas en réalisant des mesures compensatoires que les circulations inutiles de marchandises incitées par ce type d’infrastructure seront arrêtées.

Il s’agit donc bien de deux visions différentes :
- utiliser l’èco-mode pour poursuivre un développement accentuant les inégalités environnementales et donc sociales,
- ou changer nos comportements pour préserver la survie de l’espèce humaine garantie par la préservation de son milieu.

3 Messages de forum

  • Eco machin ! 23 avril 02:17, par brucker

    excellent article qui montre bien l’impérieuse nécessité de renforcer notre expertise scientifique en matière écologique pour ne pas nous faire manoeuvrer par les experts en communication de tous bords ! Dans la même veine ci-dessous un "coup de gueule" salutaire du président de la FNAUT-PACA Claude Jullien :

    "Il n’y a rien qui m’énerve plus que le mot “écologie” ou “écologistes”, que l’on met aujourd’hui à toutes les sauces, tout comme “durable”, “vert”, ou encore “éco-machin quelque chose”. Ainsi, l’opération OIN – Plaine du Var s’appelle maintenant “Éco-vallée”, une nouvelle manière de faire passer la pilule de tout ce qui reste à bétonner dans la vallée du Var. Et s’il faut décerner des titres de pseudo-écolos, avec ESTROSI, on en tient un bon. Je lui ai d’ailleurs envoyé mes félicitations à propos de son “opération bulldozer” pour les Balcons du Mercantour, et j’espère bien que lui et son copain Éric seront condamnés pour cette bonne action (J’ai eu confirmation de la bouche même du directeur du Parc, la semaine dernière, que l’affaire était chez le Procureur, on verra bien si les lois de la République sont les mêmes pour tous). Si je me permet d’utiliser le terme de pseudo-écolo, c’est également suite à la publication de la fameuse “Charte d’Hendaye”, qui n’est qu’un ramassis de bêtises invraisemblables sur le chemin de fer, et je suis bien obligé de constater (avec regret) que les Verts se sont fourvoyés bille en tête dans cette ânerie. Ce n’est pas sérieux. Tout comme l’affaire de l’amiante et de la radioactivité au Lyon-Turin, énorme mensonge qui déplace des manifs de plusieurs dizaines de milliers de personnes en Italie. À un moment donné, trop, c’est trop, et il s’agirait que les élus reviennent à un niveau d’expertise adéquat avant de se laisser baratiner et de prendre des décisions malheureuses. C’est ainsi qu’à la sortie de la guerre, bien conseillés par de bonnes âmes, ils ont supprimé presque TOUS les réseaux de tramways dans nos villes.

    Il s’agirait donc que l’écologie politique revienne à un niveau d’expertise scientifique incontestable, car sinon, quand les scientifiques vont sortir des laboratoires pour rétablir certaines vérités, elle va se faire ratatiner dans les grandes largeurs. Il y a de bons scientifiques chez les Verts, mais actuellement, il y a manifestement une défaillance d’expertise économique dans les énergies renouvelables, pas seulement chez les Verts, chez tout le monde, de la gauche à la droite.

    2 - Je ne me suis jamais présenté comme un écologiste, car l’écologie est une science, que je n’ai pas précisément étudié à la Fac ou ailleurs, mais je remarque que la majorité des gens qui me parlent d’écologie sont dans le même cas que moi. Par contre, je croise à longueur de journée des pseudos écolos, qui me raconte les pires âneries sur tout et n’importe quoi, tiens, par exemple ... ITER ! Une autre fois, ce fut le plus sérieusement du monde le moteur à eau. J’ai pas assez de gigas de mémoire pour stocker les âneries sur la voiture électrique, le soit disant retard des constructeurs français, les énergies renouvelables, etc ... C’est d’ailleurs maintenant le propre d’Internet de favoriser l’émergence de ces dialogues de café du commerce, même si l’on en a tiré une pièce de théâtre très marrante (“Brèves de comptoir”).

    Je suis un défenseur du chemin de fer (et de bien d’autres choses), et le hasard veut que celui-ci soit aussi le plus écologiste de tous les modes.

    Je crois que la meilleure solution pour la Côte d’Azur serait dans la construction de raccordements divers et variés entre la LGV et la ligne ancienne, un certain nombre de TGV pouvant faire de la desserte fine en quittant la LGV. Après tout, quand il y avait encore beaucoup de trains de nuit qui venaient de fort loin, personne n’était offusqué que ceux-ci fassent du cabotage au petit matin, et je me souviens que l’inter-station Cannes / Juan-les-Pins était particulièrement courte et à très basse vitesse. Si une sortie de la LGV existait avant la gare de Cannes, par exemple dans le faisceau de la Bocca, certains TGV pourraient desservir tout un chapelet de villes en enfilade par la ligne ancienne, sans perdre énormément de temps par rapport à ceux qui fileraient en direct par la LGV. Pour les utilisateurs de ces TGV, le temps perdu en apparence serait en fait largement regagné sur les temps de pré et post acheminements.

    5 – Les vitesses à l’arrivée des gares Il est évident qu’en arrivant à proximité d’une gare d’arrêt général, par exemple Nice, il serait idiot de maintenir des caractéristiques de l’infrastructure calculées pour 300 km/h, là où les TGV seront en plein freinage. Un cas typique et exemplaire est la gare de Bologne, en Italie, où le rayon des courbes se resserre progressivement selon la valeur de la vitesse à un endroit donné. C’est bien ainsi que RFF envisage les choses à l’arrivée à Nice. La gare souterraine de St-Charles sera également conçu selon ce principe.

    6 – LGV et Fret Je ne vois pas le rapport entre un tunnel bi-tube et l’impossibilité de faire passer du Fret. Au contraire, cela va dans le bon sens, et un tunnel bi-tube répond mieux (au sens de la législation sécuritaire) à la présence possible du Fret. Seul inconvénient : le tunnel bi-tube est plus cher. Mais une autre technique possible pour faire baisser les coûts serait d’adopter la formule du tunnel unique avec voile central de béton, utilisé par Bouygues au tunnel TGV du Groene-Hart, aux Pays-Bas.

    Par contre, il est vrai qu’une LGV est difficilement compatible avec le Fret, pour des questions techniques incontournables :

    * limitation sur LGV à 17 t / essieu (le Fret monte souvent à 22,5 t, comme beaucoup de locomotives d’ailleurs) * valeur maximale des rampes sur LGV pouvant monter à 35 pour mille, ce qui limiterait fortement la charge des trains de Fret, et la LGV-PACA, suite à notre géographie locale, va être particulièrement accidentée * résistance des attelages en rampes (1000 t pour monter à Modane en rampe de 30) * fort différentiel de vitesses entre les différentes catégories de trains, limitant la capacité de la LGV * augmentation du coût de la LGV d’environ 50 %

    De plus, et je le regrette fortement, il n’y a pratiquement plus de fret ferroviaire sur la Côte d’Azur : en moyenne 2 trains par jour (alors qu’il y a des milliers de camions au poste frontière de Vintimille). En voilà un bon, de problème.

    7 - Conclusion On ne peut pas parler de chemin de fer sans faire un minimum de technique. C’est plutôt une technique de haute technologie, même si tout le monde croit que c’est simple. Les élus (verts en particulier, parce qu’il se trouve qu’en général j’ai plutôt de la sympathie pour eux, mais les autres également, bien entendu) auraient tout intérêt à élever le niveau d’expertise qu’ils seront amenés à solliciter. Surtout, ne pas se contenter de lire et de croire béatement certains rapports pseudo-techniques (c’est décidément une maladie chez moi), mais chercher à comprendre soi-même. Ne croire que des choses démontrées, et ne pas hésiter à se faire expliquer. En particulier, ne pas prendre pour argent comptant tout ce que raconte la SNCF, qui se défend plutôt bien en technique, mais est particulièrement douée pour rouler les élus dans la farine en matière de devis. Justement, un sacré problème au niveau du Conseil Régional, qui paye très cher certaines modernisations de ligne. Mais ceci est un autre sujet.

    C J

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  • Eco machin..décrit en 1975 ! 24 avril 12:04, par brucker

    Dans le « Monde diplomatique » de ce mois d’Avril 2010 je tombe sur un article en dernière page tout à fait extraordinaire que je ne peux que vous inviter à lire : Le philosophe André Gorz y décrit avec une grande précision le processus par lequel le capitalisme digère l’écologie après avoir compris qu’il était vain de continuer à s’y opposer, et comment finalement l’écologie deviendra pour lui un moyen de poursuivre sa concentration en un petit nombre de mains, en faisant supporter le coût de cette évolution aux consommateurs ainsi appauvris , avec un renforcement du totalitarisme étatique par des normes et des contrôles tous azimuths et en soumettant les masses à ce processus par crainte du chômage qui accompagne effectivement nécessairement dans ce système l’arrêt de la croissance. Face à cet engrenage logique l’auteur ne voit qu’une seule parade : Il faut s’attaquer « non à la croissance mais à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir chacun se hisser au dessus des autres. ». « Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence ».

    Ce texte a été écrit en…1974….soit il y a 36 ans…avant la fin des « trente glorieuses »… Prophétique non ? C’est parfois l’apanage de la philosophie…..

    NB : Bien évidemment ce numéro du Monde diplomatique offre d’autres articles de fond fort interessants….comme d’habitude …

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    • Eco machin..décrit en 1975 ! 6 mai 19:17, par JPM

      Pour info : 1974 c’est exactement la fin des "30 glorieuses" et c’est aussi l’année de la première candidature d’un écologiste à l’élection présidentielle, en la personne de René Dumont, agronome.

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